Entretiens sur le Musée de Dresde – Aragon et Jean Cocteau

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COCTEAU. – Je voudrais te demander quelque chose. Je suis très inculte. De quand datent les musées ? Car jadis on ne pendait jamais les tableaux pour que les gens viennent les voir. Ils ornaient les maisons et les églises. On se les offrait et on les offrait à Dieu. L’enterrement du Comte d’Orgaz se trouve à Tolède dans un coin sombre. Qui pouvait le voir sans l’électricité ? Jamais on n’avait imaginé accrocher les tableaux les uns à côté des autres pour que les gens défilent devant leurs cadavres et les identifient. De quand datent les musées ? Voilà ce que je te demande.

ARAGON. – Je dois te dire que je n’en sais à peu près rien. Il y a bien eu des collections publiques en Grèce et à Rome. Mais autant que j’imagine, les musées, au moins en France, ailleurs j’ignore, sont une invention de la période moderne pour cette raison que les gens qui pouvaient acheter les tableaux, avant, étaient des gens puissants, des riches, il y en avait dans les palais des rois, au bout du compte les tableaux étaient fait pour les rois ou leurs fermiers généraux, mais par conséquent, pas pour qu’un grand public y défile devant. Je suppose que c’est après la Révolution française que le Musée est réellement né. Après un essai sans lendemain au XVIIIe siècle, le Directoire a fondé les musées de province. Il y a eu le musée Napoléon.

COCTEAU. – … Et lorsque les tableaux ont été mis en circulation par les guerres, par les pillages […]. En somme, on raflait les tableaux après la victoire et on les montrait au peuple comme des dépouilles opimes, comme des étendards pris à l’ennemi. C’est de cet impérialisme que dut naître le musée.

ARAGON. – Oui, mais l’affaire qui nous unit aujourd’hui, c’est-à-dire celle du musée de Dresde, est justement une affaire inverse, en ce sens que la guerre qui a dévasté entièrement le territoire allemand a passé sur Dresde, et que c’est l’armée russe occupante qui les ramène aujourd’hui à leur lieu d’origine.

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Description

Editeur: éditions cercle d’art
Dépôt légal: 1er trimestre 1957
201 pages

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Poids 2840 g

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